Les théoriciens de l'éducation physique

Les théoriciens de l'éducation physique

De 1800 à nos jours, de Pascal Grousset à Jean Le Boulch... Que de chemin parcouru !

L'éducation physique n'est pas un long fleuve tranquille : les défenseurs de "l'éducation physique", du "sport santé", du "sport militaire", du "sport-loisir" et du "sport compétition" se sont affrontés dans des débats passionnés qui, aujourd'hui encore, se poursuivent.

 

 

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Dr Pier Henrick Ling (1776 - 1839)

Le créateur de la première école de gymnastique.

Il a su convaincre les institutions de son pays de mettre en œuvre la gymnastique obligatoire dans les écoles.

Intellectuel suédois influencé par J.J. Rousseau, il devient maître d’armes et milite pour la création d’une « École supérieure de gymnastique ».
Il crée alors et dirige l’Institut Central de Stockholm, y enseignant l’escrime, la voltige, la danse, l’équitation, la natation et la « gymnastique ».
Patriote, il rêve de venir en aide au peuple suédois alors miné par l’alcoolisme et la tuberculose. Très admiré pour ses travaux, parfois critiqué, il parvient à s’imposer.
La gymnastique reçoit une forte impulsion dans l’Armée, elle devient obligatoire dans les écoles suédoises en 1820, et en 1822 est créé le diplôme de maître de gymnastique.
Adepte d’une gymnastique douce et personnalisée, Ling a été le premier à mettre en évidence les bienfaits physiques et moraux de la gymnastique pour tous.
Son grand mérite est d’avoir su convaincre les institutions de mettre en œuvre la gymnastique obligatoire dans les écoles.

Source : "150 ans d’EPS"

Paschal Grousset (1844 – 1909)

La systématisation des jeux scolaires

Plus artiste visionnaire que réel éducateur sportif, Paschal Grousset a néanmoins conçu et organisé les premières "manifestations sportives" françaises.

Homme politique et homme de lettres, il est le précurseur de l’organisation du sport scolaire et universitaire.
En 1880, son ouvrage « La Vie de Collège en Angleterre » est un immense succès, tiré à 23 000 exemplaires.
En 1887, il publie dans le journal « Le Temps », diffusé à 22 000 exemplaires, une grande enquête qui fera date :
« Les Jeux Scolaires et l’Education Physique » dans lequel il propose d’organiser chaque année un grand concours universitaire d’athlétisme.
En octobre 1888, il crée la Ligue Nationale d’Education Physique » (LNEP). Le succès est immense. Il crée le premier « Lendit » - un grand rendez-vous sportif universitaire – à Paris.
Le Docteur Philippe Tissié étendra ce mouvement au Sud-ouest de la France, puis créera la « Ligue Girondine » qui très vite remplacera la LNEP.
Car Paschal Grousset, plus qu’un organisateur ou un fin politique, était d’abord un poète, créatif, inspiré et charismatique, mais parfois trop enflammé…
Preuve en est le début de sa vie : en 1870 il envoie son « témoin » Victor Noir pour régler une affaire d’honneur avec Pierre Bonaparte, le cousin de Napoléon. Victor Noir est tué par Pierre Bonaparte.
S’ensuit un scandale qui enverra P. Grousset six mois en prison..
A peine sorti, il prend part à la Commune en tant qu’Elu du Peuple et est condamné à la déportation en Nouvelle Calédonie …d’où il s’évade au bout de dix-sept mois !
C’est alors qu’il revient à Londres puis, gracié, à Paris, s’occuper du sport universitaire et « inventer » les "manifestations sportives" en France…

Source : 150 ans d'EPS

Dr Philippe Tissié (1852 – 1935)

Le père de l’EPGV

Autodidacte et Docteur en médecine, Philippe Tissié a conceptualisé et organisé l'éducation physique et la gymnastique volontaire en France.

Orphelin à 14 ans, obligé de gagner sa vie, c’est seulement vers 25 ans que Philippe Tissié, tout en travaillant, entreprend des études supérieures. Ce goût pour la connaissance, ce désir de s’élever, et cette conscience de la notion d’effort feront du Docteur Tissié à la fois un brillant théoricien, un enseignant charismatique, et un infatigable organisateur.
Passionné de vélocipède, il devient médecin du Véloce-club Bordelais, fréquente la société de gymnastique « La Bastidienne » et, le premier, découvre et théorise le rôle spécifique et fonctionnel du système nerveux dans l’activité musculaire.
En 1888, l’initiative de Paschal Grousset, qui vient de créer la LNEP et d’organiser le premier « Lendit » à Paris, est pour lui une révélation. Philippe Tissié crée aussitôt une « Ligue Girondine d’Education Physique » indépendante et crée ses propres « Lendits Girondins » qui remportent un grand succès dans tout le Sud-ouest.
La Ligue Girondine prend très vite le pas sur la LNEP, moins bien organisée et trop « parisienne ». Cependant, une autre structure vient de voir le jour et va scinder le mouvement sportif en deux : l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques (USFSA), représentée par Pierre de Coubertin.
L’USFSA est tournée vers le mouvement sportif « à l’anglaise » : la compétition en est la clef, et de nombreuses « disciplines sportives » voient le jour. Les « sportifs » sont attirés par des pratiques permettant de franchir les barrières sociales, les financiers envisagent avec intérêt la professionnalisation du sport, tandis que les gouvernements apprécient le déplacement des centres d’intérêt de leurs concitoyens vers ces spectacles inoffensifs…
Philippe Tissié n’apprécie pas , mais ne tient pas à perdre du temps en affrontant cette vision de l’activité physique. Il préfère se concentrer sur la partie la plus importante à ses yeux : l’éducation physique scolaire, source de bienfaits physiques et moraux.
En 1898, il est envoyé en mission à Stockholm en Suède et y découvre une application méthodique à grande échelle des théories de Ling, le père de la gymnastique suédoise. Impressionné, il va s’en inspirer profondément dès son retour en France.
Au fil des ans, et malgré les guerres, les structures issues de la Ligue Girondine de Philippe Tissié se perpétueront, aujourd’hui représentées par la Fédération Française d’Education Physique et de Gymnastique Volontaire, forte de 550 000 adhérents.
De son vivant, et aujourd’hui encore, Philippe Tissié aura gagné le respect des plus grands pédagogues, techniciens, chercheurs et scientifiques.

Source : 150 ans d'EPS

Georges Demeny (1850 – 1917)

La première approche scientifique du mouvement

Précurseur de la photographie, il est le premier à l'associer à l'étude de l'éducation physique.

A la fois artiste et scientifique, Georges Demeny se trouve en 1881 associé à la création d’un laboratoire original,
« La station physiologique du Parc des Princes », et utilise les dispositifs et appareils d’enregistrement révolutionnaires de son collègue Etienne Marey, l’inventeur du chronophotographe.
Cette activité qui durera presque dix ans marquera profondément l’étude du mouvement. En effet, les chronophotographies issues de cette période ouvrent de nouveaux horizons non seulement aux spécialistes de l’éducation physique, mais aussi à la médecine dans son ensemble.
Opposé à la séparation qui prévalait jusqu’alors, Georges Demeny préconise l’association de la physiologie et de l’expérience pour valider une démarche scientifique en éducation physique.
Plus créateur et expérimentateur que réalisateur, il a cependant ainsi réussi le tour de force d’émanciper institutionnellement l’éducation physique de la tutelle de l’armée et de la médecine.

Source : 150 ans d'EPS

Pierre de Fredi - Baron de Coubertin (1863 – 1937)

L’apôtre de l’élitisme

Pierre de Fredi - Baron de Coubertin - n'a jamais joué que pour gagner...

Issu d’une famille fortunée et à la suite d’études chez les très disciplinés Jésuites, Pierre de Coubertin découvre l’Angleterre à 20 ans, en 1883. Il y fréquente l’aristocratie oisive et rencontre en son sein un nouveau mouvement plébiscité par les jeunes : le sport.
Pour son théoricien anglais, le Pasteur Arnold Thomas (1795 – 1842), le sport est d’abord un moyen de contrôler la vie collective : il impose le respect de codifications et de la hiérarchie, tout en demandant sens de l’initiative et des responsabilités, et goût de l’effort.
Pour Coubertin, la formation sportive des dirigeants devient l’explication du dynamisme et de la puissance de l’Angleterre à cette période. Aussi, de retour en France, il multiplie la création de clubs sportifs dans son milieu avec succès. Porté par son élan, il décide de faire du sport le rouage essentiel de la vie scolaire.
Il se heurte alors aux médecins et aux scientifiques qui s’opposent aux efforts extrêmes induits par la compétition, aux républicains qui dénoncent le peu de morale d’un « sport » déjà gangréné par l’argent et qui ne profite qu’aux riches, et enfin aux anglophobes, revanchards depuis des siècles…
En 1888, le jeune Coubertin est évincé de la « Commission Marey », chargée de réviser les programmes d’enseignement de la gymnastique. Il tente de lancer un « comité pour la propagation des exercices physiques dans l’éducation » (le Comité Jules Simon), puis un « Conseil supérieur de l‘EP », mais sans succès.
Pierre de Coubertin décide alors d’une part de rejoindre l’Union de Sociétés Françaises de Sports Athlétique (USFSA) qui réunit les clubs les plus prestigieux de France, d’autre part de mettre une partie de sa fortune dans la balance : il lance une « Revue Athlétique » et utilise le réseau USFSA pour convaincre recteurs, préfets, maires et industriels de l’intérêt du sport. C’est à cette période qu’il propose le rétablissement des jeux Olympiques.
Ce lobbying paye : en 1895, l’USFSA détient l’exclusivité des rencontres scolaires. Paradoxalement, cela signera sa fin : dès 1902, la toute nouvelle éducation nationale républicaine a repris la main face à ce qu’elle considère comme le cheval de Troie du sport professionnel dans le milieu scolaire. L’éducation physique et le « sport » vont désormais suivre deux voies bien distinctes.
Malgré une dernière tentative à la faveur d’un rapprochement avec l’Hébertisme (la « Gymnastique utilitaire »), Pierre de Coubertin abandonne définitivement – et non sans amertume – l’éducation physique à la République.
Il se consacrera alors aux Jeux Olympiques, avec le succès financier qu’on lui connait.
Il apparait donc clairement de nos jours que la fameuse maxime « L’important, c’est de participer » n'est non seulement pas de lui, mais en plus ne représente pas du tout sa pensée.
Homme de méthode, Coubertin a failli réussir à transformer l'éducation physique en vaste championnat élitiste.

Source : 150 ans d’EPS

Georges Hébert (1875 – 1957)

La méthode naturelle

Officier de Marine, Georges Hébert a créé une méthode "naturelle" d'entrainement inspirée des activités des peuplades "primitives"

Cependant, la rigueur de sa méthode et les valeurs aujourd'hui désuètes qu'il mettait en avant n'ont pas eu l'écho espéré auprès de tous les publics.

Officier de Marine, il parcourt le monde et voit vivre les dernières peuplades « primitives ». Émerveillé par leur développement physique, il juge que celui-ci dépend de leur activité quotidienne dans leur environnement et conçoit alors les bases de sa fameuse « Méthode naturelle ».
L’efficacité des marins qu’il entraine alors lui vaudra d’être chargé, par le ministre de la Marine, de l’éducation physique dans toute la Marine – y compris les écoles. Georges Hébert remporte de grands succès médiatiques, mais rencontre cependant de nombreuses critiques.
Sa « Recherche de la perfection, d’un triple point de vue physique, viril et moral » est en effet arrimée à des principes se voulant intangibles, mais hélas très vite désuets et aujourd’hui abandonnés.
Cependant, ses intuitions, ses expérimentations et les lignes directrices de sa méthode sont, de nos jours encore, remarquables.
La « Méthode naturelle » porte bien son nom : il s’agit d’un véritable « retour aux origines » pour ses pratiquants qui doivent réaliser des exercices basiques (courir, sauter, grimper, lancer, porter, nager) dans un milieu naturel (la forêt, la plage). Le tout de façon intensive, mais sans toutefois oublier de « s’économiser ».
Ceci en réponse à la « Dégénérescence de la race » due aux conséquences du développement de l’urbanisation et de l’industrialisation de cette époque, anarchique et peu respectueuse de l’hygiène.
Un siècle plus tard, les valeurs « intangibles » de Georges Hébert ne l’étant plus, il nous reste cependant une défense de la
« pratique instinctive » de l’activité physique, qui reste toujours d’actualité.

Source : 150 ans d’EPS

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Dr Raoul Fournié (1885 - 1953)

Une véritable éducation physique dans les écoles

Président de la LFEP, il réussit à s'opposer aux dérives du sport tout en s'adaptant aux différentes et difficiles conjonctures de son époque. Il reprend l'oeuvre de Philippe Tissié, qui le considère comme son successeur.

Farouche défenseur du sport éducatif, il se fait le héraut d'une éducation physique obligatoire à l'école primaire, puis à l'université.
Son but est de donner la force aux faibles et de corriger les déformations corporelles.
Intraitable sur l'éthique, il repousse toute forme d'activité sportive n'étant pas associée à une véritable éducation physique et à un contrôle médical efficace, ou ne se distinguant pas par un caractère absolu de désintéressement.
Organisateur opiniâtre, bravant parfois les pouvoirs publics, il administre des clubs, aménage des terrains, trouve des équipements et lance de nombreuses publications. Il dirigea la LFEP (Ligue Française d'Education Physique) de 1935 jusqu'à son décès, en 1953.
Sa politique - et en particulier sa mise en valeur de la "gymnastique corrective" - sera poursuivie par son successeur, le Docteur Henri Balland.

Source : 150 ans d'EPS

Pierre Seurin (1913 – 1983)

Une éducation physique adulte et féministe

C’est en 1953 que Pierre Seurin, alors vice-président de la LFEP, crée la première « Section de Gymnastique Volontaire ». Cette branche de l’éducation physique se tourne vers les adultes, et non plus seulement vers les scolaires et les universitaires.


Cette orientation connait aussitôt un grand succès – tout particulièrement auprès des femmes, dont le statut social a connu de grands bouleversements pendant et juste après la guerre.
Le succès est d’ailleurs tel qu’une scission va se produire – l’Education Nationale se concentrant sur la partie scolaire de l’Education Physique, et la LFEP devenant la FFGE (Fédération Française de Gymnastique Educative), puis en 1964 la FFGEGV (Fédération Française de Gymnastique Educative et de Gymnastique Volontaire), se donnant pour mission d’impliquer davantage les populations dans leur propre quête de santé et de forme physique.

Source : La Gymnastique Volontaire, 120 ans d’histoire

Raymond Dinety (1919 - 2012)

Le développement par la formation d'animateurs

Avant Raymond Dinety, les éducateurs sportifs étaient bénévoles... et leur temps libre totalement insuffisant pour répondre aux besoins de toute la population.

Pionnier de la formation à l’enseignement de la Gymnastique Volontaire, Raymond Dinety comprend très vite que le mouvement ne pourra pas compter éternellement sur l’abnégation des enseignants, tous alors bénévoles, et milite activement pour la mise en place de cadres nationaux d'Etat, mis à disposition auprès de la Fédération.
Dès la fin des années 50, la FFGE intègre cette idée. En 1963, Raymond Dinéty, alors Directeur des études au CREPS, obtient le premier poste d’entraineur national. Dès lors, il met en place un plan de formation des cadres, premier d’une longue série. Les premiers animateurs fédéraux sont recrutés parmi les licenciés.
Il participera également activement à la fusion, en 1972, de la FFGEGV et de la FFEP, à l’issue de laquelle il sera élu Président d’Honneur de la FFEPGV.
Cette figure emblématique de la Fédération nous a quitté en avril 2012, à l'âge de 93 ans.

Source : "La Gymnastique Volontaire, 120 ans d’histoire"

Jean Le Boulch (1924 – 2001)

La psychocinétique, ou l’expression du mouvement

Jean Le Boulch a révolutionné l'éducation physique en concevant une méthode d'appréhension et de contrôle de l'émotivité dans la réalisation du mouvement.

Docteur en médecine et licencié en psychologie, Jean Le Boulch va révolutionner le monde de l’éducation physique en 1966, en définissant ce qu’il appellera la psychocinétique.
Etudiant et mettant en évidence l’importance et la richesse du comportement émotionnel dans les fonctions psychomotrices, il ouvre alors la porte à un renouvellement des stratégies d’action éducative.
Ainsi, au lieu d’appliquer les seules formes répétitives et mécaniques des exercices antérieurement proposés, il devint logique de les affiner en considérant le mouvement comme une expérience corporelle personnelle dépendante de l’émotivité, de la sensibilité, de l’expérience et de la volonté de chacun.
La psychocinétique s’inscrit donc dans une démarche de pédagogie active et, déjà, différenciée. Et surtout, elle pose le corps et l’esprit comme un tout indissociable, et du coup fait de l’éducation physique la plus complète des éducations.

Source : 150 ans d’EPS

 

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